À PROPOS DE LA GRATITUDE

par Maria Montessori

Certains espèrent que le jour où l’on arrivera à susciter chez les enfants ce sentiment d’amour pour les matières d’étude, les hommes deviendront plus humains et cesseront enfin les horreurs de la guerre. Mais l’amour pour la science et pour l’art, comme pour tout ce que l’humanité a créé, ne suffira pas à faire germer l’amour mutuel entre les hommes.

Aimer un beau coucher de soleil ou observer avec émerveillement la vie d’un insecte, ne réveille pas nécessairement un plus grand sentiment d’amour pour l’humanité, ni l’amour pour l’art ne suscite chez l’homme l’amour pour son prochain. Ce qui est nécessaire avant toute chose, est que dès ses premières années l’individu soit mis en relation avec l’humanité. Aujourd’hui, dans nos cœurs il n’y a pas de place pour l’amour de nos semblables, bien que de ceux-là mêmes nous ayons reçu et continuions de recevoir tant de choses, sous forme de nourriture, de vêtements et d’inventions diverses dont nous pouvons bénéficier. Nous acceptons et nous jouissons de ce qui est fait pour nous sans gratitude aucune, comme des athées niant à Dieu gratitude et amour. Lire la suite…

L’AMOUR

L’amour est un mot que l’on utilise de plus en plus, en particulier dans les nombreux ouvrages dit ésotériques ou spirituels qui pullulent de nos jours. Nous parvenons à comprendre que le véritable amour n’est pas seulement physique, mais très rarement on nous l’explique autrement que de manière allégorique. L’amour est un état de conscience où la différence n’existe plus et dans lequel on se sent un avec l’Univers. Il vient de la compréhension que tout est un et que tout est lié. Mais avant de décrire plus avant cet état, il convient d’expliquer comment y parvenir.

Tout le monde s’accorde à dire que l’amour doit unir, donc il convient de savoir ce qui agit à l’encontre de cette union et comment y remédier. Tous les sages de toutes les traditions disent que la pensée est à l’origine de la différenciation et qu’il s’agit de faire ou d’atteindre le silence intérieur.

Pourquoi la pensée et toutes ses déclinaisons à travers le désir, le plaisir, la souffrance et bien d’autres sont sources de désunion ?

L’Homme est à la recherche du bonheur ou d’un certain bien-être et la pensée qui constitue le résultat de toutes ses expériences va lui montrer que bien-être est synonyme de plaisir. Donc il va rechercher à travers toutes ses expériences ce qui lui a procuré du plaisir et comme son expérience dans la quasi-totalité des cas est matérielle, il va courir après ce genre de plaisir.

Cette terre d’épreuves va nous permettre de devenir des êtres conscients ; nous avons l’intuition que l’on ne peut comprendre sans l’expérimentation. Lire la suite…

VOIR SANS CONCEVOIR

par Krishnamurti

Si vous marchez dans la petite ville le long de sa rue unique aux nombreuses boutiques – le boulanger, les accessoires pour photographes, la librairie et le restaurant à ciel ouvert – que vous passez sous un pont, après le couturier, puis un autre pont, et que vous allez plus loin que la scierie jusqu’au bois où vous entrez et où vous poursuivez votre chemin le long du torrent, regardant tout ce que vous avez rencontré avec des yeux et des sens pleinement éveillés, mais sans une pensée en votre esprit, vous saurez ce que veut dire être sans séparation. Si vous suivez le torrent et parcourez environ deux kilomètres – toujours sans un-seul tressaillement de la pensée – en regardant les eaux impétueuses, en écoutant leur vacarme, en regardant leur couleur : le gris vert des torrents de montagne, en voyant les arbres et le ciel bleu à travers les branches, et les feuilles vertes – encore sans une seule pensée, sans un seul mot – et alors vous saurez ce que veut dire n’avoir pas d’espace entre vous et le brin d’herbe.

Si de là vous passez à travers les prairies riches et verdoyantes, couvertes de milliers de fleurs de toutes les couleurs imaginables, depuis le rouge vif jusqu’au jaune et au violet, et d’herbe verte, bien propre, lavée par la pluie de la nuit précédente – encore une fois, sans un seul mouvement de la machinerie de la pensée -, alors vous saurez ce qu’est l’amour. Lire la suite…

8. LA FORCE SUPRÊME DE L’AMOUR

À l’image du soleil unique qui, depuis le début des temps, anime et éclaire le monde physique, la Force métaphysique suprême de l’Amour anime et illumine l’ensemble de la manifestation cosmique.

Cette Force spirituelle dominante est source de Vie, de Conscience et d’Intelligence, et meut dans une Unité harmonieuse le Tout dans sa grande diversité, de l’infiniment grand à l’infiniment petit.

L’Amour suprême transcende l’espace et le temps ; il est au-delà de toute dualité, de tout sentiment et raisonnement, et échappe à jamais à la compréhension humaine.

Cette Force cosmique primordiale est présente, sous une forme ou une autre, dans tout ce qui existe. Elle est la cause première et occulte de la relation, de l’interaction et de la complémentarité entre les êtres et les choses, et donne à toute manifestation son sens d’être et son utilité.

DANS L’UNIVERS, OÙ TOUT EST RELIÉ ET INTERDÉPENDANT,
TOUT EST MÛ PAR LA FORCE SUPRÊME DE L’AMOUR.

L’amour tel qu’il est vécu par l’Homme est, dans l’âme et la conscience humaine, l’écho de l’Amour suprême qui s’impose comme une Force venue d’ailleurs. L’Amour nous fascine, nous domine et engendre en chacun de nous l’aspiration à l’Unité et à la paix, à l’harmonie et à la beauté, à la vérité et à la justice.

Aimer c’est être Un avec le Tout. C’est accepter les êtres et les choses tels qu’ils sont, avec leurs forces et leurs faiblesses, en commençant par s’accepter soi-même ; c’est réaliser sa propre Unité intérieure en mariant son Moi au Soi, sa personnalité terrestre à l’identité réelle, impersonnelle, commune à tous les Hommes.

PAR ESSENCE ET NAISSANCE, L’HOMME EST PORTEUR D’AMOUR
ET D’UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ DU MONDE.

Mais ce que l’on appelle communément amour n’est souvent que séduction, convoitise, soif d’aventures sensuelles et passionnelles ; plaisirs bien éphémères qui, la plupart du temps, cachent un désir de pouvoir personnel, une volonté de posséder et de dominer… et finissent dans l’insatisfaction et la désillusion.

L’Homme, doté de conscience de soi, connait le désir qui est l’aspiration à la plénitude. Tout désir est légitime lorsqu’il est en accord avec la conscience, et qu’il répond donc à un besoin évolutif, à une nécessité. La satisfaction des désirs légitimes, par les prises de conscience qu’elle apporte, nous fait évoluer en conscience, grandir en sagesse et en humanité.

L’amour véritable s’oppose à la recherche de pouvoir personnel ; l’amour est don. Il est multiple dans ses expressions et commence par l’amour-besoin de l’enfant pour sa mère. Il évolue de l’amour personnel intéressé – sentiment amoureux, amour de l’art, du savoir, etc. – à l’amour impersonnel et désintéressé qui nous ouvre à l’altruisme et à la solidarité, nous fait prendre conscience de l’importance du bien commun et nous éveille parfois à l’amour-compassion qui appelle au don total de soi.

De même que la fenêtre n’éclaire pas la pièce, mais est un intermédiaire transparent qui laisse passer la lumière du soleil, de même l’Homme n’aime pas par lui-même, mais a la fonction existentielle d’être un canal, un intermédiaire impersonnel et désintéressé, à travers lequel l’Amour se manifeste.

La mission universelle de l’Homme est d’être co-créateur de la Vie en étant éveillé à la voix intuitive de sa conscience – à l’Intelligence du cœur – qui est celle de l’Amour et de l’Unité du Tout en chacun de nous.

C’EST EN VIVANT AVEC AMOUR QUE L’HOMME
MARIE ESPRIT ET MATIÈRE, CIEL ET TERRE, CŒUR ET RAISON,

AFIN QUE TOUTES CHOSES SOIENT UNE.

« LE SENS DE L’EXISTENCE »

VIVRE LIBRE, France, 26 mars 2016.

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