LE SENSIBLE ET L’INTELLIGIBLE DANS L’ÉDUCATION

ou la recherche de la troisième voie

Par Diane Combes.

Les récentes Assises de la maternelle qui se sont déroulées à Paris, les 27 et 28 mars derniers, témoignent de la volonté de renouveler l’approche de l’éducation et par conséquent de la société, en changeant notre regard sur la période fondatrice du développement des enfants entre 3 et 6 ans.

Au nom de la lutte contre la difficulté scolaire, se créent de nouveaux liens entre des notions jusque-là complètement séparées.

Ainsi, la corrélation est maintenant établie entre l’épanouissement de l’enfant et les apprentissages fondamentaux, entre la qualité relationnelle et la qualité intellectuelle, entre l’affectif et le cognitif.

Le choix du neuropsychiatre, Boris Cyrulnik(1), pour organiser ces premières Assises de la maternelle, témoigne de cette volonté d’effacer les anciens clivages entre les différentes approches. Ouvrir une troisième voie en éducation, trouver l’équilibre entre le sensible et l’intelligible, telle a été la motivation du Président de la République, Emmanuel Macron, en introduisant ces rencontres. Celui-ci n’a pas caché son plaisir d’entrer dans « la matière humaine » et de décliner, une fois de plus, « et en même temps ! ».

Depuis quelque temps déjà, la conception du but du système scolaire s’élargit discrètement. Pour l’actuel ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, l’école doit apprendre à lire, écrire, compter et respecter autrui. Ses premiers mots aux Assises furent pour citer Marie Carpentier(2), l’une des principales fondatrices de l’école maternelle française : « Aimer par-dessus tout. » Beau programme… ! De son côté, Emmanuel Macron a parlé du rôle essentiel de l’école sur le plan de « l’éveil de l’esprit ».

Voici donc de belles paroles, mais si l’on se penche sur le contenu de ces Assises, comme de celui de tous les courants qui agitent actuellement le domaine de l’éducation, on s’aperçoit que le « sensible », qui arrive en force, n’est abordé que sous l’angle de l’affectif. Réduction d’autant plus navrante qu’elle se voile de neurosciences pour justifier sa prise en compte !

Au-delà du domaine des sensations, des perceptions et des sentiments, la sensibilité – « propriété de l’être humain sensible »(3)– nous relie en réalité à l’Inconscient universel, au Soi, fondement de notre conscience personnelle.

Ce domaine échappe à l’investigation de la science qui ne peut pas tout expliquer. « On sait très bien que l’on ne saura jamais. » a déclaré Jean Staune(4)en révélant que l’évolution de la science et ses remises en cause fondamentales donnaient aujourd’hui crédibilité à l’intuition essentielle des spiritualités et des religions qui ont guidé pendant des millénaires l’évolution humaine.

Concernant notre sujet, est-il possible de favoriser la cohésion individuelle en mariant des notions aussi contraires que celles d’affectif et de cognitif sans changer d’état de conscience, sans être relié à l’Unité intérieure ?

Nous vivons aujourd’hui dans l’ignorance de notre réalité profonde ou bien nous pensons comme si elle n’existait pas, comme si l’Homme n’était qu’un animal ; nous agissons sans conscience, avec les résultats que nous découvrons avec douleur et un sentiment d’horreur toujours croissant.

Certains propos laissent pourtant entrevoir une autre approche possible. Ainsi, Emmanuel Macron, cité par la journaliste Anna Cabana, déclare : « J’assume la dimension de verticalité et de transcendance, et en même temps elle doit s’accrocher à l’immanence complète, à du matériel. Je ne crois pas à une transcendance éthérée. Il faut tresser ensemble l’intelligence et la spiritualité. »(5)

D’autre part, nous devons tenir compte de l’intéressant constat de Boris Cyrulnik sur les enfants d’aujourd’hui : « Ils sont incroyablement différents. Ne serait-ce que parce que leur développement physique et mental a étonnamment changé.»(6)

Cela ne met-il pas en évidence qu’ils ont de nouveaux besoins ? Pour faire face aux défis de leur époque, n’aspirent-ils pas à vivre avec toutes les dimensions de leur être, et donc, à intégrer le plan sensible, spirituel de leur conscience ?

Au-delà de l’affectif et du cognitif, la nécessité de marier, dans l’éducation, le sensible et l’intelligible, en éveillant la conscience à son fondement spirituel, originel, est incontournable pour garantir l’équilibre de la construction individuelle, et par là, celui de l’ensemble de la société.

Notes :

(1) Biographie de Boris Cyrulnik : http://www.linternaute.com/biographie/boris-cyrulnik/

(2) Biographie de Marie Carpentier : http://www.ien-guyancourt.ac-versailles.fr/spip.php?article163

(3) Définition de la sensibilité : extrait du dictionnaire Petit Robert.

(4) « Notre existence a-t-elle un sens ? » de Jean Staune https://www.youtube.com/watch?v=xacL11_GOAI

(5) Article d’Anna Cabana : « Macron, ce que l’on sait de son rapport à la religion » : http://www.lejdd.fr/politique/macron-ce-que-lon-sait-de-son-rapport-a-la-religion-3571493

(6) Interview de Boris Cyrulnik : http://www.lepoint.fr/dossiers/hors-series/le-guide-de-l-enfant-heureux-et-bien-portant/boris-cyrulnik-un-enfant-heureux-est-un-enfant-securise-23-01-2018-2189006_3532.php#site

Source : https://www.vivrelibre.net – Septembre 2018

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