Par Corinne Viggiano
On parle beaucoup de libre arbitre, encore faut-il pouvoir l’exercer.
Dans nos sociétés contemporaines régies par la loi du marché et l’essor fulgurant de la technologie, notre capacité de faire des choix, d’exercer notre entendement et notre lucidité s’avère hautement compromise par la déshumanisation constante de nos conditions de vie.
Jamais encore on ne nous aura autant donné l’illusion de la liberté de choix, à tous niveaux et dans tous les domaines de l’existence. Le commerce abonde dans la différenciation des marques, des produits, des emballages, la mode nous sollicite à chaque saison, la montagne d’informations que l’on reçoit chaque jour nous occupe l’esprit, les médias conventionnels et non conventionnels se disputent notre curiosité malsaine ou légitime en nous donnant l’impression de savoir ce qui se passe partout dans le monde, les réseaux sociaux nous offrent des amis à l’autre bout de la planète, le futile côtoie l’essentiel, l’invisible jusque-là discrédité dans tout l’Occident devient une sorte de fourre-tout où l’on mélange allégrement spiritualité, médiumnité, développement personnel etc. Mais le plus inquiétant, c’est la remise en question de notre identité même d’être humain par ceux qui rêvent de nous robotiser chaque jour un peu plus sous prétexte de nous rendre plus performants.
Et tandis que ce chatoiement de promesses se multiplie, s’organise à grande échelle l’écrasement des peuples par tous les biais possibles, le dévoiement de la richesse de la planète pillée pour de l’argent, du pouvoir, des chimères.
Face à cette dislocation de la réalité, nous avons besoin d’un fil rouge pour nous y retrouver, pour y voir clair. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, la réalité n’est pas celle que l’on nous dicte à travers la force des outils médiatiques, mais celle que l’on perçoit dès que l’on s’approfondit. Nous sommes les propres acteurs de notre réalité, le « dehors » n’en étant que le reflet comme lorsque l’on se regarde dans un miroir.
Si le monde est laid et chaotique, c’est que nous portons une part de cette laideur, de ce chaos. La clé du changement ne se trouve pas à l’extérieur de nous-même, dans l’image que nous renvoie le miroir, mais à l’intérieur lorsque l’on quitte le chant des sirènes – dont la principale fonction est de créer la confusion dans nos esprits – pour réapprendre à écouter la voix de sa propre conscience.
Ainsi se superpose à la réalité imposée pour la « masse », la réalité unifiée de la conscience individuelle.
Cela ne demande pas de compétence particulière, c’est à la portée de tous, ce n’est pas une question de pouvoir, d’avoir, de savoir, mais une question de cohérence, d’intégrité avec soi-même, de compréhension intime que nous avons tous besoin les uns des autres parce que nous sommes tous UN et complémentaires.
Donc pas besoin d’ego surdimensionné, pas besoin de jouer aux stars, pas besoin de transhumanisme ni d’humanité « augmentée » : vivre n’est plus une question d’évolution mais d’incarnation de cet espace de liberté, que l’on trouve au plus profond de soi, cet état d’esprit unitaire dont l’ultime aboutissement est l’autonomie spirituelle de chacun mise au service de tous.
