LE BESOIN SPIRITUEL

Par Jean-Louis Abrassart.

Dans les temps reculés de la préhistoire, avant l’aube du langage, les hommes de Néenderthal enterraient déjà leurs morts, sans vraiment avoir conscience de ce qu’ils faisaient. L’être humain a toujours senti, au fond de lui-même, qu’il n’était que de passage, que la condition humaine n’était qu’une des formes de la vie. Qu’est-ce la spiritualité au-delà des formes que lui ont donné les traditions religieuses ? Ne serait-ce pas ce besoin de se poser la question du sens de la vie, de l’origine et de la finalité de l’homme sur terre, de sa place dans l’univers ?

Dans notre monde moderne, la science a remplacé les religions dans sa tentative de répondre à ces questions fondamentales. Elle s’aperçoit maintenant qu’elle poursuit une quête sans fin, chaque découverte dans l’infiniment petit ou dans l’infiniment grand amenant de nouvelles interrogations. Mais devons-nous attendre de l’extérieur une réponse ou devons-nous la chercher en nous ?

Chacun peut ressentir en lui ce besoin spirituel dans des moments importants de la vie, lors de la perte d’un être cher, en s’interrogeant sur le destin du monde, face à la guerre, la faim, la surpopulation ou l’arme atomique. Ou encore dans la difficulté de vivre une relation mais aussi dans l’émerveillement face à la beauté de la nature, le regard limpide d’un enfant ou l’intensité d’amour. Encore faut-il accepter de ressentir le questionnement de ces moments.

Notre civilisation a banalisé la souffrance par les médias. Nous nous sentons dépassés par l’ampleur des problèmes mondiaux à résoudre et nous y perdons le sens de notre responsabilité individuelle. Tournés vers des buts extérieurs, souvent noyés par nos préoccupations, nous avons du mal à laisser de la place en nous à ce besoin spirituel. Quelle place donnons-nous dans notre vie à la recherche de ce que nous sommes ?

Reconnaissons que nous sommes sous-développés spirituellement. Trop souvent, nous oublions d’être. Et l’état actuel de la planète reflète cette confusion intérieure. Or nous avons besoin de spiritualité pour être comme nous avons besoin de pain pour survivre. Quant à l’humanité, il semble évident maintenant qu’elle a le même besoin de spiritualité pour survivre. Un profond renouvellement des idées est nécessaire. Nous voyons bien comment les hommes politiques se révèlent incapables de proposer des solutions. Le changement ne peut venir que de chacun d’entre nous, d’un questionnement sur l’essentiel, d’une prise de conscience vécue de notre besoin spirituel.

Les religions traditionnelles, quelque soit la valeur des enseignements de leur fondateur, ont trop souvent enfermé avec le temps l’aspiration spirituelle de l’être humain dans des systèmes de pensée et de comportements rigides, sensés incarner la Vérité. D’un autre côté, l’actualité sur les sectes nous montre combien il est dangereux de laisser en friche ce besoin spirituel, de le laisser être détourné dans la soumission, la recherche du pouvoir et de profits financiers. Et, si chacun pouvait découvrir dans le contact intime avec sa profondeur sa vérité, sa « foi » dans la Vie ? Foi en nous et en notre destin, capacité d’amour, sentiment d’appartenance à l’univers, de solidarité, tout cela est là en nous, attendant d’être vécu.

Le contact avec le spirituel est essentiellement un vécu personnel au-delà de tout système ou de tout maître. Il est source de tolérance et d’ouverture, non d’endoctrinement ou d’intégrisme. Nous avons besoin d’une spiritualité vivante qui nous propose de rencontrer, d’expérimenter ce que nous sommes, ce qui au fond de nous, nous dépasse, nous guide et donne un sens à notre vie.

Source : SOLEIL LEVANT n°13 – Octobre 1995.

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