ÉDUQUER SES ENFANTS COMMENCE PAR S’ÉDUQUER SOI-MÊME

Par Elsa Guérin.

Dans l’entreprise qui consiste à éduquer un enfant, rien de plus aisé que de se réfugier derrière la « personnalité » de l’enfant ou de se référer à l’environnement scolaire en particulier pour justifier et excuser ses écarts de conduite. Quel parent n’a pas dit : « il a du caractère ! » lorsque son enfant était en pleine crise et quel autre, face à un comportement inopportun de son enfant n’a pas pensé : « ah ça, c’est l’école » !

Bien difficile tâche pour un parent de se remettre en question et d’admettre sa responsabilité dans l’éducation de son enfant. Pourtant, de nombreuses études ont souligné le fait que l’exemple parental représentait une part déterminante dans l’éducation de l’enfant. Et si l’influence du milieu extérieur ne peut pas être niée, c’est avec les parents que l’enfant apprend à se conduire, d’abord par imitation puis par goût et par envie.

Dans Paroles de vérité, Ostad Elahi donne le conseil suivant : «… Eduquez l’enfant avant qu’il ne soit né… ce qui signifie que les parents soient éduqués. » Puisque éduquer se définit comme « former l’esprit de quelqu’un, développer ses aptitudes intellectuelles, physiques, et son sens moral », alors « être éduqué » supposerait qu’on ait déjà développé en soi-même ces facultés, avant de les inculquer à un enfant.

Pour mieux appréhender cette idée, il serait intéressant de tenir compte de deux facteurs : d’une part, la nécessité de connaître le fonctionnement du psychisme d’un enfant, ses capacités et ses limites. D’autre part, en tant que parent, savoir se maîtriser à tout moment, en considérant que l’enfant sera comme l’on s’est comporté avec lui.

En conséquence, un parent « éduqué » serait un parent conscient et agissant. Conscient, car il connaîtrait la portée de tous ses gestes et agissant parce qu’il s’efforcerait à mettre en pratique ce qu’il conseille à son enfant.

Un psychisme perméable

A propos du tout petit enfant, André Comte-Sponville avance l’idée que « le nouveau-né n’a pas de morale, ni ne peut en avoir. Et pas d’avantage le nourrisson ni, pendant longtemps, le petit enfant ». Cela ne signifie pas pour autant que le petit enfant ne comprend rien et qu’il faut attendre l’âge de raison pour commencer son éducation mais qu’au point de vue psychique, il n’a pas les capacités lui permettant de développer une morale personnelle quelconque. Comment cela s’explique-t-il ?

Dans Médecine de l’âme, Bahram Elahi décrit le développement du psychisme de l’enfant lorsqu’il présente l’organisme spirituel (l’âme) et qu’il distingue les deux temps de son développement : la période dépendante et la période autonome. La période dépendante est décrite en ces termes : « De la conception à l’âge du discernement, le psychisme de l’enfant est encore immature. Ses échanges avec le milieu s’effectuent de manière passive, car sa membrane psychique est perméable mais pas encore sélective, et il n’est pas en mesure de sélectionner les influences qui s’exercent sur lui. Les principes et idées qui sont présentés à l’enfant par ses parents ou son milieu pénètrent sans obstacle dans son psychisme. » Cette membrane psychique qui doit permettre à l’enfant d’assurer les échanges entre son psychisme et son milieu est incapable d’opérer la moindre sélection ; l’enfant est donc exposé à toutes les influences extérieures, quelles qu’elles soient. C’est pourquoi, son développement psychique dépendra beaucoup du milieu dans lequel il naîtra et dans lequel il évoluera.

Ainsi, comme l’embryon physique dans sa matrice, le psychisme traverse une phase embryonnaire durant laquelle il est entièrement dépendant du milieu extérieur et plus particulièrement de l’influence qu’exercent sur lui ses parents. Ce n’est que plus tard, au début de l’âge adulte, que la membrane psychique deviendra mature et que l’enfant devient capable d’agir sur sa sélectivité en adoptant ou en rejetant une idée ou une pensée par exemple.

L’apprentissage par l’imitation

Dès le plus jeune âge donc, l’enfant est non seulement sensible aux émotions ressenties et aux paroles formulées par son entourage mais il observe le comportement des adultes dans leur moindre détail car c’est par ce seul moyen qu’il pourra apprendre. A ce sujet, Bruno Bettelheim souligne :

« les parents ne sont pas seulement formateurs de l’enfant, mais aussi les êtres par lequel il pourra s’orienter. Il ne cessera de les observer, de les étudier pour voir ce qu’ils font et comment ils le font et d’essayer de connaître leurs sentiments les plus refoulés. C’est ainsi que ses parents lui montrent qui il doit être et comment il y parviendra […] ».

Il semble naturel que le jeune enfant, incapable de sélectionner les influences qui s’exercent sur lui, reproduise, sans discernement, tout ce qu’il entend et voit, et recoure à l’imitation comme unique moyen d’apprentissage. En effet, l’instinct d’imitation représente le premier moteur de son développement et de son apprentissage du monde. « Avant l’âge de la parole, explique Pierre Fournier, psychologue et chercheur au CNRS, l’observation, l’imitation et la répétition du geste constituent l’unique moyen pour l’enfant d’acquérir des savoir-faire ». C’est aussi ce qu’expose dans son article « Déclarons la paix aux enfants », Olivier Maurel, auteur de nombreux livres sur l’éducation et la violence, en précisant : « L’enfant apprend tout par imitation […]. Ce qu’on enseigne à un enfant en le frappant, si faiblement que ce soit, c’est à frapper. Et la meilleure manière de lui apprendre le respect des autres, notamment des plus faibles, c’est de le respecter. »

Nécessaire à son développement, cet instinct d’imitation est en recherche constante de modèle à suivre et le plus proche et le plus présent, dans ses premières années, s’expose sans aucun doute sous la forme de l’exemple parental.

L’exemple parental

Mieux que les grands discours moralisateurs donc, le modèle parental a une force de conviction sans commune mesure et ce, dans tous les domaines. Par exemple, de nombreuses enquêtes ont relevé le fait que le modèle des parents avait une influence très importante sur les habitudes alimentaires et physiques des enfants. Ainsi, peut-on lire dans le magazine Génération Santé (Mars/Avril 2002) dans un article intitulé « Obésité infantile : comment enrayer l’épidémie ? » : « Les parents ont pour rôle déterminant de guider leurs enfants sur la bonne voie en appliquant eux-mêmes les préceptes d’une bonne hygiène de vie. L’éducation passe par l’exemple qui est la meilleure force de conviction ». Tout aussi éloquente, cette étude réalisée en 2006 au Canada par Horizon Research, intitulée « Activité physique et santé au Canada » :

« si les parents donnent l’exemple, les résultats obtenus par leurs enfants s’améliorent de façon significative. Selon l’étude, lorsqu’un parent donne l’exemple avec une alimentation nutritive, le degré d’activité des enfants (basé sur la marche, la randonnée ou la course à pied) augmente de 97% et lorsque le parent fait de l’exercice, la hausse est de 109% »

Selon Bahram Elahi, il en est de même pour le développement des principes moraux et éthiques chez un enfant, l’exemple des parents est primordial : « sachant que les enfants ressentent intuitivement le fond de leurs parents, il est donc important que ces derniers leur servent de modèle en joignant l’acte à la parole. Si les parents respectent les principes qu’ils prônent, les enfants les respecteront également. » C’est essentiellement par le comportement des parents que le message passe. Et pour que la parole prononcée soit éducative, qu’elle ait un impact et puisse orienter l’enfant, elle doit avoir préalablement été mise en pratique par l’adulte. Toutefois, cette propension « naturelle » à servir de modèle peut avoir des conséquences parfois très graves car la « période dépendante » du développement du psychisme de l’enfant est également décrite par Bahram Elahi, comme étant une période de très grande vulnérabilité. « Cette période du développement est extrêmement sensible dans la structuration du psychisme, car l’embryon du psychisme tout comme l’embryon du corps physique est vulnérable et une atteinte minime peut avoir des conséquences considérables. Le milieu, c’est-à-dire aussi bien le milieu spirituel que le milieu familial et social dans lequel l’enfant est placé, joue un rôle primordial dans sa vie future. » C’est à cette époque que la moindre réaction, même inconsciente, de l’entourage peut marquer le psychisme de l’enfant pour toujours, comme le décrit Ostad Elahi : « […] il a été observé qu’une petite réaction d’irritation a eu des effets sur l’enfant alors que ni le père, ni la mère, ni même l’enfant ne s’en était rendu compte. »

Cependant, si ces mécanismes existent, et s’ils ont fait leur preuve, ce n’est pas pour autant qu’il est facile de les mettre en pratique quotidiennement. On pourrait même ajouter que, dans de telles conditions, éduquer son enfant relève du défi permanent ! Mais qu’importe, parfois, il est très motivant de relever de tels défis et devenir « exemplaire » aux yeux de son enfant. Même si on ne fait pas toujours ce qu’il faut, l’essentiel réside dans le fait de prendre conscience de l’impact du comportement du parent sur son enfant. Cela permet de se maintenir dans un état de vigilance. Et, c’est par cette attention continue, par des efforts constants pour améliorer son propre comportement et pour maîtriser sa propre nature que le parent pourra éveiller la conscience de son enfant et mettre à sa disposition quelques principes qu’il se réappropriera dans sa vie d’adulte et qui le guideront certainement dans ses choix.

Source : https://www.e-ostadelahi.fr – 19.07.2009

NDLR : Tant que les parents et les éducateurs n’auront pas pris conscience du sens de l’existence et de l’importance fondamentale de l’Éveil à l’Intelligence du cœur – à la voix de la Conscience –, leur façon d’éduquer restera du formatage et empêchera le plein épanouissement de l’enfant qui aspire à l’autonomie. Seule cette solution naturelle, inscrite dans la condition humaine, nous intègre dans les Forces vives de la Vie et répond aux besoins profonds de l’âme humaine (voir Texte 17 : « Éduquer autrement »).

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