TÉMOIGNAGE À PROPOS DE « LA LEÇON DE PROFESSEUR HIBOU »

Par Monique Colletti, professeur des écoles en maternelle.

Depuis le temps que je suis enseignante, je n’ai jamais rien lu dans les programmes ni entendu dans les conférences pédagogiques à propos de la conscience de l’enfant, et de comment le guider vers sa véritable autonomie, qui est d’ordre intérieur. On y mentionne l’autonomie, certes, mais il s’agit de la soumission à des règles, à des références extérieures, qui changent selon le lieu, l’époque et l’idéologie dominante.

N’ayant trouvé que très peu d’histoires dans la littérature invitant l’enfant à écouter sa conscience, j’ai été particulièrement sensible à « La leçon de Professeur Hibou ».

« La leçon de Professeur Hibou » est à la portée de tous les enfants car d’une construction très simple. Elle a tout de suite été intellectuellement bien comprise mais aussi bien ressentie dans leur cœur. Pour la plupart des enfants, l’histoire a eu un rôle de révélation de cette potentialité en eux : en écoutant son cœur on peut être sage, en écoutant son cœur on est content, en écoutant son cœur on devient « gentil » (leurs propres mots). Ils en ont tous manifesté une grande joie.

Comme dit C. : « on écoute son cœur, son cœur  à soi-même. » L’insistance de cette petite fille sur le « soi-même » m’a fait voir que pour les enfants, c’est une sécurité, c’est une référence stable, puisque c’est en eux !

Dans des degrés divers, bien sûr, j’ai vu un changement chez tous les enfants. Le cas le plus spectaculaire est celui de M., agitateur permanent, cherchant à se mettre en avant, déclarant qu’il ne veut pas obéir parce qu’il n’en a pas envie. Quelques jours après avoir lu l’histoire, je ne l’ai plus reconnu au point d’avoir demandé à ses parents s’il avait un traitement médical pour le calmer en classe. M. est devenu discret, calme et attentif  lors des activités individuelles et de groupe, mais aussi heureux.

Chez certains encore, le changement se manifeste par une plus grande légèreté et une intervention spontanée et juste dans la vie collective. Leur action, autonome et bienvenue, me fait voir qu’ils s’en réfèrent à eux-mêmes pour agir. Il y a un allègement de l’ambiance de la classe.

Par ailleurs, il faut souvent beaucoup de temps pour que les enfants soient autonomes et règlent leurs petits différends par eux-mêmes. Or, j’ai découvert un jour deux enfants qui se chamaillaient en venir à se demander eux-mêmes s’ils avaient écouté leur cœur. Ou encore, une petite fille voyant deux camarades se disputer pour prendre une même place sur un banc les interpelle et leur demande s’ils écoutent leur cœur. L’enfant arrivé en second est descendu sans rien dire, et je n’ai pas eu à intervenir !

Cependant, dans un monde qui sollicite toujours plus notre attention vers la satisfaction de plaisirs immédiats, vers le goût et l’exercice du pouvoir, vers le monde de l’artifice et du virtuel, nous avons constaté qu’on oubliait vite notre cœur, « qu’on oubliait de l’écouter » ; ce sont des enfants eux-mêmes qui l’ont exprimé ainsi ! Pour s’aider, les enfants ont proposé de porter un collier avec un cœur, que je leur lise souvent l’histoire et que l’on fasse du travail (lecture, écriture) avec les dessins des personnages, puis des marionnettes pour un spectacle aux camarades des autres classes.

Bien que j’aie vu de très belles histoires pour les enfants depuis que j’exerce ce métier, je n’en ai vu aucune ayant cette portée éducative essentielle.

Source : http://www.vivrelibre.netJuin 2015

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