FACE À LA MONDIALISATION, L’AFRICAIN EST GÉRÉ PAR L’IGNORANCE ET L’INCONSCIENCE

Par Simon Magbenga, économiste national au PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) à la retraite.

Partout, c’est à travers l’ignorance que l’on tient les masses sous la tyrannie. Il suffit pour cela de leur faire croire qu’elles sont dans le bon sens, afin d’obtenir leur soumission et leur servilité aveugles au bâton qui les fait marcher et croupir dans la misère.

Voilà pourquoi en Afrique, les bondieuseries des religieux ont gagné et gagnent encore du terrain, par le fait qu’on vend l’utopie d’un paradis où les pauvres trouveront, à la fin de leur existence, soulagement et compensations à leurs douleurs terrestres. Que font les religions, si ce n’est vendre à leurs fidèles l’espoir ou le rêve d’un ailleurs paradisiaque après la mort ? Ce système faussement spirituel qui a pris naissance en Occident s’est propagé en Afrique à travers l’inconséquence ou la trahison des élites intellectuelles qui mettent de côté le savoir scientifique et technique dont ils disposent pour applaudir et s’agenouiller face aux lois coutumières. Alors, on assiste à la coopération sans vergogne des autorités religieuses du coin avec des dictatures politiques qui écrasent les masses ignorantes. Se soumettre aux anciens ou aux personnes dites supérieures est la consigne ancestrale dans toutes les coutumes et traditions d’Afrique. Elle a conduit les jeunes à renoncer à une autre façon de voir la vie. C’est un tel comportement atavique qui a permis que s’impose en permanence le pouvoir des religions, des traditions et de la politique sur les masses africaines ; avec tout ce qui va ensemble : argent, richesses matérielles, notoriété publique, etc.

Les conséquences s’affichent partout sous nos yeux. Au plan politique, la mondialisation prétend faire régner sur terre la démocratie. Mais de quelle démocratie s’agit-il ici en Afrique ? Y a-t-il démocratie là où seuls les plus forts du pays s’octroient le droit de se battre lors de soi-disant élections ? Y a-t-il démocratie lorsque les élections accouchent toujours la victoire – très trafiquée – de la même famille politique et tribale régnante ? Où se trouve la démocratie lorsqu’un clan politico-clanique ou tribal s’accapare le pouvoir de façon permanente en refusant toute alternative, en se basant sur des moyens financiers et militaires frauduleusement acquis, et en exerçant de féroces répressions lors des contestations populaires ?

Voilà très brièvement présenté comment les foules africaines sont manipulées, grâce à leur ignorance. Voilà pourquoi, avec un cynisme froid et calculé, on les fait hurler à la démocratie et à la liberté, sachant pertinemment qu’on ne les leur donnera jamais. Alors, la machine de la mondialisation planétaire peut fort bien mugir et avancer en écrasant tout sur son passage.

Les dirigeants africains parlent de sortie de la pauvreté et de la misère, mais ce sont les mêmes qui, dans un paysage de pistes honteuses, construisent quelques belles routes modernes avec, par-ci par- là, de grands immeubles ultra sophistiqués qui leur appartiennent. Alors, les pauvres hères quittent la brousse où ils auraient pu construire pauvrement mais dignement leur existence sur leurs terres, pour venir s’affaler dans les bidonvilles de la capitale afin de lorgner et se gonfler d’orgueil face à ces réalisations qu’ils pensent être les fruits des enfants méritants de leur ethnie.

L’école, ou ce qu’on appelle comme tel en Afrique, n’est pas un lieu de diffusion du savoir, mais l’endroit où on vient se recréer, se faire des copains ou copines et s’éclater ensuite en se traitant de « jeunes branchés ». Le développement des brasseries aux quatre coins du continent représente l’exercice le plus coté des tenants de l’industrialisation en Afrique. Elles servent alors de soubassement au foisonnement des bars et des « night-clubs » qui s’étalent dans ce qu’on appelle « les villes africaines ». Des musiques dépravées hurlent dans les bicoques situées au bord des rues où coulent des bières, servies par des filles qui se prostituent aux clients à la fermeture du bar. La drogue et la prostitution sont devenues les domaines favoris où les jeunes exercent leurs talents. Les meilleurs élèves du collège ou de l’école sont ceux qui ont « tombé » beaucoup de filles ou sont distributeurs de drogue. Le sac d’écolier et les cahiers ne sont que des façades pour se faire accepter par l’autorité de l’école qui n’ignore pas ce qui se passe, mais se dit impuissant pour enrayer ce phénomène. Il est tout à fait clair qu’en sortant de cet « enfer scolaire » avec un chiffon de papier dénommé le diplôme, les jeunes ne peuvent trouver à faire que par le biais de relations perverses de népotisme ou de tribalisme où ne compte que l’appartenance à un parent ou à une tribu, celle du président du pays, de préférence.

La mondialisation au plan de la communication a produit Internet. Cet outil international est fort louable lorsqu’il propose au monde entier un accès facile aux choses et valeurs utiles telles que l’information et les connaissances. Mais que dire de ces autres domaines de vice et de perversion que sont les vidéos pornos ou les sites de la violence ? Les jeunes et l’élite intellectuelle africaine mal éduqués et désorientés se déversent sur les sites pornographiques ou de violence où ils s’imprègnent des pires comportements sociaux en s’engouffrant les soirs ou les week-ends dans les cyber-cafés. Quel avenir peut-il advenir de telles personnes dont l’enfance est aussi désaxée ?

Des groupes terroristes (BOKO HARAM au Nigeria, SELECA et ANTI-BALAKA en Centrafrique, FRÈRES MUSULMANS en Egypte…) se sont créés et se répandent comme de la fumée à travers le continent. Les interventions de l’ONU ou des pays comme la France pour enrayer ce phénomène, n’ont pas de résultat notable. Loin des véritables commanditaires de ces pistes idéologiques fort dangereuses, les jeunes s’y engouffrent sans se poser de questions ni réfléchir. Tout comme d’autres malheureux qui s’aventurent sur des pirogues et vont se noyer en Méditerranée, parce qu’on leur a fait croire à l’ELDORADO européen.

Voilà quelques-unes des valeurs par lesquelles le mondialisme s’est emparé de l’Afrique de façon sournoise. C’est sur ces bases-là que les dirigeants africains éructent des discours ronflants sur leur développement et leurs progrès économiques.

ALORS, QUI PEUT-ON PLAINDRE ? QUI PEUT-ON AIDER ? ET COMMENT ?

Peut-on aider celui qui gémit de misère alors qu’il n’a de cesse d’admirer et envier le riche qui l’exploite, sans scrupules, en suçant ses énergies à travers sa propre soumission à des codifications ancestrales ou religieuses par lesquelles il donne sa vie au plus fort ? Pourquoi plaindre ou aider l’esclave qui adore ses chaînes ? Comment aider des dirigeants noirs qui se sont soumis eux-mêmes et par intérêt, au pire système de gouvernance de la planète ?…

On ne peut que poser ces questions, après avoir essayé cette mise au point sur l’envahissement de l’Afrique par l’idéologie mondialiste, envahissement où les africains s’offrent eux-mêmes, à cause de leur inconscience qui s’éternise. À cause aussi de leur ignorance, car ils croient savoir, alors qu’ils ignorent ce qui se trame pour le monde entier.

En conclusion, il faut laisser le soin, à ceux qui ressentent du vrai dans ce qui vient d’être dit, de se mettre à ÉCOUTER LEUR CONSCIENCE, c’est-à-dire réfléchir par soi-même – si l’on ne confond pas la réflexion honnête et raisonnable avec le rabâchage des données scientifiques et religieuses mal comprises. Écouter son cœur qui ne pourra qu’indiquer la nécessité vitale de s’extraire de tous ces cheminements de mort, pour de nouveau aspirer à la vie qui est en train de nous fuir à cause de nos propres bêtises.

Source : Lomé, le 03 août 2018

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