DE LA LIBERTÉ PERSONNELLE DES DROITS À L’AUTORITÉ EN SOI

par Corinne Viggiano.

Notre société est en pleine mutation, ce qui signifie que l’on vit encore avec la mentalité égoïste et sectaire de l’ancien monde, même si celui-ci ne fonctionne plus, tout en pressentant qu’il est dépassé et qu’il faut trouver une autre solution.

Ce déséquilibre est flagrant dans le contexte de l’éducation, comme celui de l’école où de plus en plus d’enseignants ont du mal à gérer les nouvelles générations porteuses de comportements de plus en plus individualistes, légitimés par la société des « droits à » et de la revendication permanente. C’est le constat que dresse Mme Barbara Lefebvre, professeur d’histoire-géographie en collège, auteur d’un livre « Génération « J’ai le droit » », et celui de M. Alain Laurent, philosophe (ancien enseignant), lors d’un débat publié dans le journal Marianne.

Alors que Barbara Lefebvre déplore l’absence d’autorité : « On ne peut pas tolérer une société dans laquelle les enfants s’élèvent seuls. Entre pairs, comme sur internet. D’égal à égal. Il faut une autorité. Un maître. » et qu’à l’école, les revendications, qu’elles soient personnelles ou liées aux origines et à la culture des élèves, mettent en péril la notion de bien commun jusqu’au lien national (« Comment construire une nation si chacun s’arc-boute sur ses droits, ses origines, sa culture ? »), Alain Laurent insiste, lui, sur l’importance de la vie individuelle : « Les droits individuels sont essentiels. C’est légitime de vouloir décider par soi-même. De mettre en avant son esprit critique. Que son mode de vie ne soit pas dicté par un pouvoir extérieur. » même si, dit-il, « la floraison des droits individuels, l’explosion du moi, comportent des risques. » Cela vaut mieux que la notion de bien commun qui, selon lui, reste synonyme de possibles dérives autoritaristes : « Il faut définir ce qu’est le bien ! Qui en décide ? Et ce qui est commun ?… »

Ces deux points de vue à la fois similaires et différents illustrent bien l’impasse dans laquelle nous sommes plongés, tiraillés entre deux attitudes apparemment irréconciliables. D’une part notre soif de liberté qui s’exprime par le rejet de toute autorité extérieure, d’autre part notre besoin d’ordre, d’une autorité stable qui garantisse l’équilibre du contexte collectif. Tel qu’on nous le présente et qu’on le vit quotidiennement, la liberté personnelle des droits est, dans ses extrêmes, en contradiction avec l’ordre public, et l’ordre public une menace potentielle d’atteinte à la liberté des personnes.

Et si ce conflit que la jeunesse incarne malgré elle, puisqu’elle est à la fois l’héritière de notre passé collectif et le garant de notre avenir, pouvait se résoudre en changeant de perception, c’est-à-dire de plan de conscience, en remplaçant la liberté du moi par la liberté en soi, l’autorité extérieure par l’autorité de sa propre conscience, l’exigence des droits par le sens des responsabilités, le bien commun par le respect de tout ce qui vit, en devenant Homme tout simplement ?

Le besoin réel des jeunes générations ne se situe pas dans la prolifération des droits qui va de pair avec leur interdiction, ni dans une technologie qui, dans ses délires, va les asservir encore davantage, mais dans la construction de leur propre individualité, qui ne repose par sur l’octroi de droits mais sur l’éveil à leur conscience profonde, base de leur équilibre intime et de leur intégration dans le monde. Actuellement les jeunes ne sont pas du tout éduqués dans la perspective de découvrir leur identité spirituelle naturelle, confondue avec le domaine des croyances et des idéologies qui, par leur spécificité culturelle, ne peuvent pas constituer une base d’entente commune pour l’humanité.

La première vocation de l’éducation et de l’école devrait être, avant toute chose, de garantir cet éveil en soi qui, sans passer par les intermédiaires culturels, religieux, moraux ou idéologiques, source de fanatisme et de division, aboutit naturellement au respect et à l’intégration des différences. Autour de cet axe d’équilibre, la jeunesse retrouverait son sens d’être et l’apprentissage des savoirs se déroulerait normalement.

Le désarroi et le déséquilibre de la jeunesse est un sûr indicateur qu’il est temps de passer à la vitesse supérieure et d’assumer pleinement notre humanité dans ce qu’elle a de plus lumineux, en resituant l’existence humaine à la lumière de son contexte universel, métaphysique, au lieu de la réduire à un simple objectif d’ordre économique, social et culturel qui nous fait perdre le sens du Réel.

Source : http://www.vivrelibre.net – Août 2018

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